Abbaye de Saint Michel de Thiérache

Mgr Ursmer, évêque du Hainaut et de la Thiérache, n’aurait pu imaginer le grand afflux que son saint patron attirerait en plaçant son oratoire sous la protection de l’archange Michel en 693. La chapelle, influencée par le symbolisme du Bien contre le Mal qu’évoque saint Michel, est devenue un sanctuaire et lieu de pèlerinage célèbre avec la mort d’Ursmer en 713.

Abbaye de Saint Michel

Mais après la mort de Charlemagne, Thiérache a été prise entre la France et le Saint Empire germanique et la chapelle s’est retrouvée en ruines. Elle est restée en ruines, oui, mais elle n’a pas été oubliée et pour la foi chrétienne, elle est restée un lieu de culte important. Un siècle plus tard, avec le retour des pratiques chrétiennes, le lieu n’a pas été oublié. Herisinde, qui avait déjà agrandi l’église en 942, et son mari Eilbert, un ami du comte de Vermandois, ont installé un monastère sur le site de l’église.

Un évangéliste écossais, Kaddroe, et ses 12 compagnons (“pérégrini scots”) quittent leur pays d’origine pour l’oratoire qu’ils leur attribuent en 945 ; l’abbaye, devenue abbaye bénédictine sous l’influence d’Herisinde, connaît alors une grande période de splendeur à Thiérache tout au long du XIe siècle. Pendant les trois siècles et demi qui suivirent, l’abbaye traversa une période de tranquillité relative, jusqu’à ce qu’en 1297, Thiérache subisse plusieurs attaques au cours desquelles l’abbaye fut pillée et détruite. En 1471, le dernier abbé régulier de San Miguel fut nommé, et à partir de 1516, le pouvoir royal imposa un abbé commandant qui se vit accorder le droit de recevoir les deux tiers des revenus de l’abbaye.

C’est un coup dur pour l’église et pour les moines qui, incapables de supporter cette situation, l’abandonnent. La situation ne s’est pas améliorée avec la guerre de religion et le pillage constant par les calvinistes en 1573. Cette guerre de 20 ans laisse l’abbaye dans un très mauvais état. Jean de Mornat, abbé numéro 37 de l’Abbaye Saint-Michel, peut être considéré comme le deuxième fondateur de l’église : il était chargé de reconstruire le bâtiment et de promouvoir la renaissance du lieu sous Henri IV. L’abbaye présidée par Jean de Mornat connaît une nouvelle période de splendeur dans son histoire.

A sa mort, l’église entre à nouveau dans une période sombre avec la Guerre de Trente Ans. Après la Paix de Nimègue (1674-1679), la région s’est finalement calmée et les travaux de restauration ont été renouvelés. Ainsi, le bâtiment a été doté d’un nouveau clocher et la chambre commune a été remplacée par des cellules pour la lecture, le sommeil et le travail. En 1715, l’abbaye subit un incendie dans lequel, heureusement, l’orgue que Jean Boizard avait livré un an plus tôt et qui est un joyau de l’église fut sauvé. Après la Révolution, l’abbaye a été vendue à Jean Louis Lalouette pour 10500 francs, un homme d’affaires très religieux qui a fait don de l’église à la commune et revendu le reste. A cette époque, un vitrail a été installé à l’intérieur du monastère.

  • En 1792, 8 des 11 moines sont encore dans l’abbaye. En 1807, le monastère créa une usine de fils à l’intérieur jusqu’à sa vente en 1864.
  • En 1871, le bâtiment a de nouveau pris feu, causant des dommages importants, brûlant l’église et les bâtiments et détruisant un magnifique escalier monumental.
  • En 1837, l’église communale est déclarée monument historique et l’orgue de Jean Boizard est déclaré orgue en 1950.

Sur le plan architectural, l’abbaye possède plusieurs structures remarquables. Le chœur, la partie la plus ancienne de l’abbaye, date du 12ème siècle et est un prototype qui a fait la renommée de Saint Michel. Il présente l’originalité d’avoir des chapelles en abside implantées à 45° par rapport au centre du chœur, dont les murs étaient recouverts de marbre au XVe siècle. A l’origine, le transept, dont la façade nord présente une grande rosette de dimensions impressionnantes, d’un diamètre de 7,15 mètres, était dominé par un requin sur le modèle de la cathédrale de Laon, qui a été remplacé par une aiguille plus légère. La nef est la transition entre le chœur gothique du XIIe siècle et la façade du XVIIe siècle, avec un classicisme pur orné de grands arcs au milieu du coffrage, de pilastres et de chapiteaux ioniques sur les piliers latéraux.

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