Blyde River Canyon

Cap à l’ouest. Pour sortir du Parc Kruger, nous prendrons la route de Phalaborwa dont l’intérêt est de traverser le plus directement possible la vaste plaine fruitière du Mpumalanga et d’amener au canyon de Blyde River, dernière étape avant le retour sur Johannesburg.

Tout au bout de la plaine fruitière, là-bas dans le lointain, se dessinent déjà les reliefs accidentés d’un massif montagneux dont les imposantes parois verticales constituent une forteresse apparemment impénétrable. Il faudra pourtant bien trouver un moyen d’y pénétrer car derrière, se cache le Canyon de Blyde River, l’un des plus beaux sites naturels d’Afrique du Sud…

A nouveau, je me demande par quel miracle une route peut réussir à se frayer un chemin vers l’intérieur d’un lieu aussi bien défendu. Il y a forcément un col ou une faille quelque part…Mais où?

…Ah, on dirait bien que nous y sommes… Sur la gauche, une petite route sinueuse s’engage à vous amener au “Bout du Monde” -nom du plateau qui surplombe le canyon – à condition de lui en laisser le temps. Trois quarts d’heure, environ. D’abord, il faudra contourner les imposantes falaises rouges du canyon, pénétrer dans le massif montagneux et se lancer à l’assaut des pentes escarpées qui montent vers le plateau. Car un canyon, faut-il le rappeler, n’est rien d’autre qu’une montagne à l’envers dont le sommet est généralement aussi plat que le dos de la main.

Tout en virages raides et rapprochés, le vertigineux parcours ne cesse de prendre de l’altitude, franchissant des tunnels taillés dans le grès rouge, surplombant de profonds ravins et des éboulements de rochers, des torrents et des rivières au cours tourmenté. Et pas de parapets, naturellement. Quelle route, nom de nom. Quelle route…Et moi qui croyais avoir déjà tout vu…Voilà un “Bout du Monde” encore plus inaccessible que le Cap de Bonne Espérance. Enfoncée, Chapman’s Peak Drive. Enfoncées les routes d’accès à Oudtshoorn. Enfoncée, la route de Piggs’ Peak…

En de pareilles circonstances, mieux vaut avoir de bons freins. Mieux vaut également ne pas avoir le vertige ou être sensible aux épingles à cheveux de plus en plus nombreuses. Arrêts interdits, de toutes les façons: des artistes locaux déploient dans les virages leurs collections d’objets d’art, squattant ainsi les rares espaces d’arrêt d’urgence à l’intention des camions aux freins défectueux ou à celle des voyageurs incommodés par la route. Vae victis, malheur aux vaincus. Je rêve d’être au volant d’une vieille voiture, dont les freins lâcheraient précisément, dans l’une de ces épingles à cheveux et de ne pas avoir d’autre solution que d’aller me cracher dans toutes ces poteries faites à la chaîne et dans ces tentes qui abritent des sculptures d’éléphants ou de girafes fabriquées à Hong Kong… Inutile de fantasmer sur les conséquences d’un geste qui pourrait avoir de lourdes conséquences. Concentrons-nous plutôt sur cette route impossible mais très passante, véritable cordon ombilical qui relie les habitants de la région au reste du monde.

Route impossible, certes. Mais panoramas grandioses sur la rivière Blyde qui coule en contrebas, ou encore, sur les sommets légèrement embrumés du massif montagneux du Drakensberg qui surplombent l’autre extrémité de la plaine fruitière, là-bas, dans le lointain…

En cette après-midi déjà bien avancée, l’air est rempli d’une extrême douceur. Sur le sol, court une petite brise tiède qui agite faiblement les herbes jaunies par l’hiver. Au-dessus, dans le ciel, quelques oiseaux de proie essaient de prendre un peu de hauteur en recherchant des courants ascensionnels. Encore plus haut, des nuages d’altitudes s’effilochent, témoins de turbulences atmosphériques, loin, très loin d’ici…

Une petite brume bleutée monte des forêts de conifères qui recouvrent les pentes du Canyon. Tout au fond, insensible au temps qui passe, la rivière poursuit son parcours vers la plaine fruitière du Mpumalanga, creusant encore et toujours la vallée déjà si encaissée.

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