Djibouti….Histoire d’une rencontre

Voyager, c’est parfois sortir des sentiers battus, c’est percevoir différemment les choses, c’est ressentir de nouvelles émotions, c’est regarder autrement, c’est parfois juste l’histoire d’une rencontre….

La ville de Djibouti

Départ pour Djibouti, destination peu« ordinaire » mais  l’un de mes meilleurs amis a été muté là-bas. Je lui rends donc une petite visite.

Nous passons quelques jours à Djibouti-ville, puis partons en 4×4  à la découverte de Djibouti-pays. Après avoir croisé sur la route des singes à cul rouge, été bloqué par un oued (montée des eaux très rapide suite à de fortes pluies), découvert des paysages quasi lunaires,  nous arrivons dans un petit « village » perdu au milieu de….rien, le village de Ardo ! Dans ce village, je vis des instants d’une rare intensité. Et c’est surtout lors de la visite de l’école que je ressens l’émotion la plus forte. Quand nous rentrons dans l’une des classes, les élèves s’appliquent à tracer des lettres sur une ardoise. Une ardoise et un bout de craie constituent leur seul matériel scolaire.

Le maître propose alors aux élèves (classe équivalente à un CP-CE1) de nous chanter une chanson : ils se lèvent et entonnent fièrement « frère Jacques ». Ensuite,le maître nous invite à passer dans les rangs pour rencontrer les élèves. Nous leur parlons, nous les aidons à former leurs lettres sur leur ardoise, nous rions avec eux. Ils sont ravis de prendre la pose devant mon appareil photo et sont émerveillés de se voir sur le petit écran de l’appareil photo. Leurs yeux pétillent, leurs sourires resplendissent. Ils arborent fièrement leur uniforme bleu marine.

Au milieu de la classe, un petit garçon ne porte pas l’uniforme bleu marine comme ses camarades mais un tee-shirt rouge. J’interroge son instituteur pour en connaitre la raison. Il me répond qu’il n’a que 5 ans et qu’il ne fait pas encore officiellement partie de la classe de CP. L’an prochain il aura son uniforme. Je m’approche de ce « petit bonhomme en rouge ». Il est penché sur son ardoise, concentré et appliqué. Il a de la craie sur la joue.

A mon approche, il lève la tête et m’offre le plus beau sourire qu’il m’ait été donné de voir dans toute ma vie. Je ne le sais pas encore, mais ce sourire, je ne l’oublierai jamais. Il me montre alors son ardoise, me tend le bout de craie et me demande d’y tracer des lettres.  Pendant cet échange, le temps s’arrête. Je suis sur un nuage…Un sentiment de plénitude m’envahit. Je me sens « à ma place »! C’est cette Afrique que j’aime, cette Afrique profonde, ces gens simples qui sont heureux même s’ils n’ont pas grand-chose. Ils n’ont pas grand-chose mais ils ont l’essentiel : l’authenticité et le bonheur de vivre, tout simplement!

Alors que je me lève pour aller voir un autre enfant de la classe, je sens une petite main se glisser dans la mienne. Mon « petit bonhomme en rouge » est venu me rejoindre. Je suis alors submergée par une émotion immense…. Cette petite main dans la mienne, ce sourire et ce regard m’envoutent complètement et me bouleversent à la fois…..Comment repartir après ça ?

Et pourtant, il a bien fallu quitter ce petit bonhomme en rouge, quitter Ardo et son village si tranquille, quitter Djibouti, ce pays qui a su tant me séduire, et quitter cette Afrique que j’aime si profondément.

Six ans après cette rencontre, les émotions sont toujours intactes et je pense à lui très fréquemment. Je ne l’oublie pas, j’espère qu’il va bien. S’il savait combien il a marqué ma vie !

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