Visite de Segoukoro, balade en pirogue, coucher de soleil

Réveil le coeur léger à l’idée de quitter Bamako, que nous n’avons pas réussi à apprécier… Pourvu que la suite du voyage se passe mieux…

Nous regrettons presque d’avoir quitté Korhogo, où nous étions vraiment à l’aise… et nous demandons même si nous n’allons pas y retourner plus tôt que prévu.

Paul, le gérant du campagnard, notre hôtel, nous trouve une voiture pour Ségou. En fait, il s’agit de l’un des faux taxis que l’on trouve devant l’hôtel. Il appelle un des chauffeurs, celui qui possède la voiture plus apte à parcourir 235 km sans incident, et lui demande son prix pour Bamako Ségou. Il nous réserve aussi une chambre dans un hôtel de Ségou, dont il connaît, le gérant, un autre libanais.

Nous quittons Bamako en passant sur la chaussée submersible de la centrale électrique de Sotuba. Nous suivons un troupeau de moutons impossible à doubler, la chaussée étant vraiment très étroite à cet endroit. C’est donc au pas que nous admirons le paysage au bord du fleuve Niger.

La route entre Bamako et Ségou est bonne, et le chauffeur choisi par Paul roule bien. C’est notre premier voyage en voiture, et même si la clim ne fonctionne pas, c’est quand même bien plus agréable que le taxi-brousse… En plus, nous avons droit à quelques bonnes cassettes de musique malienne.

Le paysage est très beau. Des baobabs s’élèvent au milieu des champs, et nous pouvons voir de nombreux troupeaux de vaches, conduits par des bergers peuls, se diriger vers des pâturages nouveaux.

De tous les peuples d’Afrique, les Peuls sont répartis sur l’aire géographique la plus vaste. Avec une population estimée à six millions, ils constituent le troisième groupe linguistique de l’Afrique saharienne, et le deuxième du Mali, après les bambaras. Leur origine reste un mystère, et une légende les fait venir de l’est, d’une ville mythique appelée Yôyô, qu’ils regagneront au terme d’un ultime exode.
Ils possèdent très souvent des troupeaux, et la nécessité de trouver des pâturages les oblige à transhumer en permanence vers les zones les plus propices.
Les femmes peules sont très belles, et adorent les bijoux. Elles portent de jolis colliers, et des boucles d’oreilles en or torsadé, des bracelets en or ou en argent, certaines ont un anneau dans une des narines. Souvent, elles se tatouent le bord des lèvres.
Les hommes portent des grigris, ont le crâne rasé, portent des chapeaux de forme conique en paille tressée ou en cuir, et se maquillent parfois pour courtiser les femmes.

Nous traversons la petite ville de Fana, où a lieu le marché aujourd’hui.

Nous voilà à Ségou. C’est la deuxième ville du Mali, capitale du royaume bambara. Nous sommes charmées par les superbes demeures coloniales situées en bord de route,

à l’entrée de la ville. Plus loin, les maisons changent d’aspect, mais on retrouve toujours cette belle couleur ocre…

La ville paraît plus calme que Bamako.
Le chauffeur nous dépose à l’hôtel “L’Auberge”.
Devant l’hôtel nous attend toute une escorte d’enfants handicapés, déformés par la polyo ou par d’autres maladies. Ils nous accostent dès notre sortie de voiture, ce qui ne nous met pas très à l’aise…
– Bonjour, ça va ? nous demande un jeune garçon se déplaçant à quatre pattes.
– oui, ça va, lui répond-on…
Nous récupérons nos bagages, et traversons en direction de l’hôtel…
– A toute à l’heure, nous dit-il.
– Peut-être, lui répond Chris
– A toute à l’heure, j’ai dit…
Nous sentons que cela ne va pas être simple… Comment réagir à toute cette misère ?

A l’hôtel, Raymond, le gérant, nous attend. Notre chambre est prête, et correcte, de l’autre côté de la route.
Après avoir posé nos bagages, nous déjeunons, le restaurant de l’hôtel propose au choix menus français ou libanais, avec un plat du jour.
Raymond s’occupe de passer à chaque table pour voir si tout va bien…
Il nous fait ensuite visiter les lieux, la cour ombragée, où l’on pourra manger le soir, sous les arbres fleuris,

la piscine, le bar…etc.
Plus tard, nous allons nous promener dans la ville, le long du fleuve, à deux pas de l’hôtel.

Comme à Bamako, le fleuve est un lieu de vie très animé.

Sur la rive, des ouvriers construisent ou réparent des pirogues, des femmes font leur lessive, des enfants se baignent, des pirogues de pêcheurs bozos se croisent…

Les bozos sont des pêcheurs, qui vivent au bord du fleuve. Ils sont environ 300.000 au Mali. Ils sont nomades et vient dans des huttes en paille. Selon la légende, un Bozo aurait donné un morceau de sa cuisse à un Dogon mourant de faim, et depuis ce jour, ces deux peuples sont très liés, et ravis de se rencontrer, mais ils ne peuvent plus se marier entre eux.

A chaque coin de rue, des enfants accourent vers nous… “Toubabous, toubabous, donne-moi cadeau !, ou “Donne-moi un bic !”, ceci demandé sur un ton qui ne laisse pas trop de choix.
Nous nous sentons un peu agressées, les enfants n’ont pas du tout la même attitude qu’en Côte d’Ivoire, où ils attendaient gentiment qu’on leur offre quelque chose. Ici, non seulement ils se ruent sur nous, mais si par malheur nous sortons de nos poches quelque cadeau, c’est une invasion de mains qui tirent et arrachent tout ce qu’elles rencontrent…

De retour à l’hôtel ce sont les guides de l’agence voisine qui viennent nous harceler, en tout cas, c’est ainsi que nous le percevons ce soir-là (mais nous changerons d’avis…). Ils nous proposent pour le lendemain une promenade en pirogue vers Segoukoro (“koro” signifie “vieux” en bambara, Segoukoro est donc le vieux Segou, qui se trouve à une dizaine de kilomètres).

Après le dîner pris sous les arbres de l’hôtel, et quelques discussions au bar, nous allons nous coucher, mais nous ne sommes toujours pas convaincues que ce pays va nous plaire…

Heureusement, tout cela va changer dès la journée suivante…

Laisser un commentaire